DÉMARCHE ARTISTIQUE
Les troupeaux de l'aurore (Rig Veda) - Jean Lerède
Depuis des années, je peins inlassablement mes troupeaux de l'aurore , bestiaire étrange, singulier, humanisé... mythique.

Je peignais ces figures anthropozomorphes bien avant d'apprendre que la mythologie à dominante animale ne se trouve que chez les peuples les plus archaiques, en fait, chez les primitifs qui n'ont pas encore abordé les formes pastorales et agricoles de la civilisation.

Je peignais déjà des figures liées au paléolithique bien avant d'entreprendre des recherches, aussi intenses et assidues que passionnantes, sur le pourquoi et sur le comment de mes représentations animales mythologiques; recherches qui m'ont entrainée dans le voyage fantastique et émouvant du symbolisme mythique, de toutes les grandes cultures à travers les âges et qui m'ont menée aux arts rupestres paléolithiques.

Je ne suis pas la seule artiste à avoir des affiliations plastiques avec les arts rupestres préhistoriques. Nous pouvons retrouver dans les oeuvres de plusieurs grands peintres comme Giotto, Miro, Chagall et, plus près de nous, l'extraordinaire Dallaire, des éléments communs à l'art pariétal du paléolithique supérieur (40 000-12 000)
La pensée sauvage - Lévi Strauss
Les arts rupestres du paléolithique inférieur sont les vestiges d'un esprit préhistorique , les dernières traces d'une conscience mythique, disparue de la vie courante des hommes depuis... la révolution agricole (-12 000). Par contre, cette pensée sauvage est toujours présente dans les nappes souterraines de la psyché humaine. (Un homme préhistorique réside dans chaque être humain)

Probablement qu'au temps du paléolithique moyen, bien avant de ressentir la nécessité d'inscrire l'essentiel du sens de la vie sur des Rochers... immuables et immortels, l'homme maîtrisa la science du concret et sa correspondance métaphysique. Il en résulta que les générations suivantes purent profiter de deux modes différents de pensée: la pensée rationnelle et la pensée mythique ou symbolique.

Ces deux formes de pensée coexistaient et se pensaient simultanément. C'est ce que j'appelle la conscience mythique ou la pensée sauvage. Les races hominiennes de l'époque pouvaient ainsi vivre sensément et donc paradisiaquement (puisque rien n'est plus infernal que de vivre absurdement).

À partir du néolithique, s'instaure, peu à peu, une nouvelle forme de vie que l'avènement agricole imposa aux hommes. Ceux-ci devinrent de plus en plus rationnels et statiques et de moins en moins sauvages et... mythiques. De plus en plus cultivateurs et preneurs et de moins en moins libres et heureux.

Une déconnexion spirituelle s'ensuivit et se poursuit depuis, malgré tous les Jésus, Bouddha, Rishîs Védique Lao Tseu et Mahomet du monde.

On connaît le reste de l'histoire... notre histoire moderne: humanité à la recherche du paradis perdu, en quête d'absolu, à la recherche de sa conscience... mythique et de sa science infuse... etc.
À la recherche du paradis perdu
Nous portons tous en nous la pensée mythique , celle de la préhistoire, et elle demeure sousjacente à une part importante de nos comportements. Cette conscience a été refoulée à la cessation du libre-arbitre de la pensée humaine (en - 12 000), refoulée par l'impérialisme de la raison. Elle est passée dans les régions inconscientes du psychisme.

À l'aube de ce troisième millénaire, il y va d'un intérêt vital individuel et collectif de s'en préoccuper. L'être humain aspire à se libérer de l'ignorance et du malheur aspire à délivrer les troupeaux de l'aurore prisonniers au fond de lui. Pour cela, il devra revenir sur les chemins parcourus à l'origine du temps et ainsi retrouver la joie et la vie intérieure (conscience mythique ou science infuse), pour parvenir à retrouver son équilibre avant l'irréversibilité des choses

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